Connaître l'Afghanistan

L'Afghanistan depuis 2001

Les accords de Bonn en décembre 2001, suivant de près la chute des Talibans, établissent une Administration Intérimaire avec à sa tête Hamed Karzaï, un Pashtoune de la tribu des Polpozaï (la même tribu que Ahmed Shah Durrani fondateur de l'Afghanistan). Il est élu une première fois en octobre 2004 puis réélu en 2009 malgré les nombreuses accusations de fraudes lors des élections et le faible taux de participation. Constitutionnellement, Hamed Karzaï ne peut pas briguer un troisième mandat lors des élections présidentielles de 2014, qui marque une année de transition pour le pays. La liste des candidats pour le premier tour de celle-ci, le 21 avril 2014, est désormais arrêtée. 

 

Les attentats du 11 septembre et l'opération Liberté Immuable (Enduring Freedom), en novembre 2001, vont tout changer. La résolution 1383 de l'ONU, la même année, constitue la FIAS (Force Internationale d'Assistance et de Sécurité) à laquelle participent 43 pays . L'OTAN en prend le contrôle en 2003 et l'étend au nord (en 2004), à l'ouest (en 2005), au sud et à l'est (en 2006). L’appui au pouvoir central dans sa reconstruction est apporté par l’ONU à travers la Mission d'assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA). Actuellement, les négocations sont en cours sur le devenir de l'intervention internationale alors que le retrait des forces de la FIAS est fixé à 2014.

L'intervention internationale a permis une nette amélioration de la situation de nombreux Afghans, avec la reconstruction de routes, d'écoles et d'hopitaux. Depuis 2001, de nombreux enfants, et surtout les petites filles, ont pu reprendre le chemin de l'école. Le droit des femmes, bafoué par le régime taliban, a également connu des avancées puisque constitutionnellement, elles ont les mêmes droits que les hommes, composent 27 % du parlement. L'éducation des filles a très largement augmenté, même si un retard important reste à combler. Depuis 2009, les violences contre les femmes sont considérées comme des crimes. Toutefois, il est possible de constater un certain recul dans leur statut à partir de 2006 et il est toujours difficile d'être une femme en Afghanistan, où les taux de mortalité liés à la grossesse ou de violences domestiques sont parmi les plus élevés au monde.

En termes de reconstruction, le constat demeure que les efforts sont arrivés tard dans l'opération. À Kaboul, il faut attendre début 2009 pour avoir de l’électricité douze heures par jour. La centrale de Kajakai alimentant Kandahar n'a commencé à être réparée qu'en 2008. De même, la réhabilitation des vergers et vignobles n'a démarré qu'en 2007. Les systèmes d’irrigation ont tardé à être réparés et élargis, alors qu'ils sont essentiels pour l'agriculture. Les cultures non irriguées sur les plateaux (blé de printemps) sont à la merci de la fonte des neiges et des pluies de mars-avril. Dans de bonnes conditions, ils produisent 600 kg/ha, sinon 200 kg/ha, ou rien ; alors qu’une terre irriguée produisait, avant les guerres, 2 000 kg/ha, chiffre qui pourrait doubler moyennant une bonne irrigation. La modernisation de l'agriculture est donc une question de taille pour un pays dont la population est majoritairement rurale.

La corruption de l'aide internationale demeure un problème majeur pour la reconstruction du pays. Ainsi Jean Mazurelle, à la tête de la Banque mondiale en Afghanistan, déclare: « en 30 ans de carrière, je n’ai jamais rien vu de pareil. C’est un véritable pillage... 35 % à 40 % de l’aide sont mal dépensés ». Le narco-trafic alimente la corruption et la violence et est donc un frein au développement. La production d'opium a doublé en 2013 et le nombre de consommateurs de drogue ne cesse d'augmenter.

L'insécurité est, encore aujourd'hui, la source majeure d'inquiétude. Si l'opération Liberté Immuable a mis à bas le régime Taliban en quelques semaines, ces derniers ont fui le pays mais n'ont pas abandonné les combats pour autant. Alors que l'on pensait le mouvement presque éteint, l'insurrection éclate en 2006, d'abord dans le sud du pays puis à travers tout le territoire, avec notamment des attaques terroristes meurtrières pour les populations civiles. Les combattants taliban sont bien différents d'un point de vue idéologique et organisationnel du mouvement des années 1990, ce qui justifie leur qualification de neo-taliban par nombre de chercheurs universitaires. Ils sont divisés en plusieurs organisations, comme la Quetta Shura sous le contrôle du mollah Omar, ou le réseau Haqqani, ou encore le Tehrik-e-Taliban Pakistan, version pakistanaise du mouvement active dans les deux pays. La structure hiérarchique de ces organisations est assez fluide et accorde une grande place à des commandants locaux, ce qui explique la divergence de stratégies, les affrontements entre factions et les violences à l'égard des civils. Au-delà de la fragmentation de l'insurrection, la situation est rendue encore plus complexe par sa criminalisation. En effet, le financement des combattants est principalement issu des trafics d'armes, d'opium, de la prédation des ressources naturelles et des populations et du kidnapping. Les Taliban, lorsqu'ils parviennent à prendre le contrôle de portions du territoire, établissent des "shadow governments", gouvernements fantômes qui imposent leur loi, leur justice et même leur système d'imposition pour les plus organisés et de prédation brutale pour la plupart.

Pour lutter contre les Taliban, Obama annonce en 2009 un "surge", c'est-à-dire l'envoi massif de nouvelles troupes sur le terrain. Le général McChrystal, nommé commandant des forces américaines en Afghanistan la même année,  déclare également vouloir gagner les "coeurs et les esprits" de la population afin de lutter contre les Taliban sur le plan idéologique et supprimer les soutiens et possibilités de recrutement du mouvement. Les assassinats ciblés grâce aux drones sont une autre stratégie employée par les États-Unis pour lutter contre l'insurrection des deux cotés de la Ligne Durand. La porosité de cette frontière et l'explosion de violence au Pakistan, et particulièrement dans les zones tribales, depuis 2007, sont des obstacles majeurs aux opérations de contre-insurrection. Depuis 2013, les forces occidentales n'ont plus en charge les missions de combats et s'occupent uniquement de la formation des forces de sécurité afghanes qui ont donc seules à charge d'assurer la sécurité dans le pays. Le processus de négocation entre le gouvernement et le mouvement taliban n'a pas pour le moment porté ses fruits pour stopper les violences.

Ressources

 

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Dorronsoro, Gilles - « Le dilemme afghan » - Études, 2012/5 Tome 416, p. 583-593.

Dorronsoro, Gilles - La révolution afghane : des communistes aux Tâlebân - Paris: Éd. Karthala, 2000, 350 p.

Gaborieau, Marc - « Insaisissable Afghanistan » - Le Débat 1/2002 (n°118), p. 147-155.

Goodhand, Jonathan - “From War Economy to peace economy? Reconstruction and state building in Afghanistan - Journal of International Affairs, Fall 2004, vol. 58, no. I – p. 155 – 174.

Giustozzy, Antonio (ed.) - Decoding the New Taliban, Insights from the Afghan Field – New-York: Columbia University Press, 2009 – 318 p.

Rashid, Ahmed – Descent into chaos, the world's most unstable region and the threat to global security – London : Penguin Books, 2009 – 498 p.

Rashid, Ahmed - Taliban : Islam, oil and the new great game in Central Asia- New Haven: Yale University Press, 2000.

Roy, Olivier - « De la Stabilité de l'État en Afghanistan » - Annales HSS, septembre-décembre 2004, n°5-6, pp. 1183-1202.

Thruelsen, Peter Dahl – « The Taliban in southern Afghanistan : a localised insurgency with a local objective » – Small Wars and Insurgencies, vol. 21, n°2, juin 2010 – p. 259-276

Amnesty International, http://www.amnesty.org.au/afghanwomen/comments/31306/

CIA World Factbook, https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/geos/af.html

Human Rights Watch, http://www.hrw.org/world-report/2013/country-chapters/afghanistan

                                    http://www.hrw.org/news/2013/09/04/afghanistan-child-marriage-domestic-violence-harm-progress

 

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