Le régime Taliban

La formation du mouvement Taliban en 1994 et la prise de Kandahar par celui-ci change la donne. Les Talibans font une percée fulgurante sur le terrain : ils prennent Kaboul en 1996 et Mazar-î Sharif en 1998, s'assurant ainsi une domination sur le pays. Toutefois, les combats ne cessent pas totalement. Jusqu'à la chute du régime en 2001, les Taliban doivent faire face à l'Alliance du Nord, dirigée par Ahmed Chah Massoud regroupant les guérillas ouzbeks (du Général Abdul Rachid Dostum) et tadjiks (du commandant Massoud).

Les Taliban sont au départ bien accueillis par les populations, car ils promettent de rétablir la sécurité sur les routes et de mettre fin au pouvoir despotique des seigneurs de guerre. Cependant, leur interprétation rigoriste de la sharia s'oppose aux coutumes et pratiques religieuses afghanes. L'interdiction de la musique est contraire, par exemple, à la culture pachtoune où celle-ci tient une place importante. Le sort réservé aux femmes est terrible: les filles ne peuvent plus aller à l'école, les femmes sont contraintes d'abandonner leurs emplois et de rester chez elles et n'ont le droit de sortir que couvertes de la tête au pied par une burqa. Cette politique dépasse largement la pratique du confinement des femmes (purdah) des segments les plus traditionnalistes de la société pachtoune. Contrairement aux idées reçues, les Taliban perdent rapidement leurs soutiens tribaux, tout d'abord, car leurs dirigeants sont issus des catégories les plus basses de la hiérarchie tribale, et ensuite car les règles qu'ils imposent sont contraires aux coutumes tribales pachtounes issues du Pachtounwali.

La brutalité du régime et les châtiments corporels dont il est fait spectacle révoltent la population et la communauté internationale. Ainsi en peu de temps, les Taliban passent de libérateurs à bourreaux aux yeux des Afghans dans les campagnes comme à Kaboul. Le régime s'y fait d'ailleurs sentir particulièrement durement. Les Taliban, à l'instar de leur chef, le mollah Omar, sont issus des milieux ruraux et se méfient de la ville. Kaboul perd son statut de capitale au profit de Kandahar, lieu d'origine du mouvement.

 

Destruction Bouddhas Bamyian

Graduellement, le régime est internationalement isolé. Les massacres des chiites de Mazar-i-Sharif et du personnel diplomatique iranien en 1998 antagonisent Téhéran qui soutient l'Alliance du Nord, comme les pays d'Asie Centrale, la Russie et l'Inde. Devant les excès du régime, même l'Arabie Saoudite s'en détourne et les condamnations occidentales de ce dernier vont croissantes. L'accueil d'Ousama Ben Laden et les camps d'entrainement d'Al Qaïda installés sur le sol afghan ne font que renforcer l'isolation de l'émirat d'Afghanistan. Seul reste le Pakistan qui continue à soutenir politiquement, économiquement et matériellement le régime des Taliban, à tel point que l'Afghanistan semble être devenue une cinquième province dans la ligne budgétaire pakistanaise.

 

En 2001, avant l'intervention occidentale, la situation est critique pour le pays qui entre dans sa quatrième année de sécheresse ayant détruit 70% du cheptel et rendu 50% des terres arables non-cultivables. Dans le même temps, les règles concernant l'action humanitaire étrangère émises par les Taliban rendent le travail des ONG presque impossible. Des millions d'Afghans fuient la sécheresse vers les villes où les quelques organisations humanitaires présentes sont submergées. L'interdiction de cultiver le pavot émise en 2000 ne fait qu'aggraver la crise économique en privant les fermiers de tout revenu, alors que les infrastructures détruites par la guerre n'ont toujours par été reconstruites et que le pays doit faire face aux sanctions internationales.

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